DSE: museler la contestation syndicale?

A l’heure où le contexte sécuritaire international est des plus tendus, les policiers genevois voient leurs conditions salariales systématiquement attaquées. La méthode est toujours la même: imposer sans négocier. Mi-avril 2017, face à la contestation croissante, le Département de la Sécurité et de l’Economie (DSE) décide de rendre la contestation tout bonnement illicite. Heureusement, grâce à la détermination des personnels de police et à leur mobilisation le 26 avril 2017, le Conseil d’Etat met un frein à l’escalade du conflit syndical en ouvrant de réelles négociations avec les syndicats de la police.

 

Conflit entre la police et l’employeur

Depuis 2014, les policiers sont en conflit permanent avec leur employeur. En octobre 2016, une directive sur les horaires met le feu aux poudres car elle impose – sans négociation préalable – le travail sur appel sans compensation pour les heures supplémentaires effectuées sur des congés.

Le 1er avril 2017, le DSE supprime – à nouveau sans négociation – la prise en charge forfaitaire des frais professionnels engagés par des policiers dans le cadre de leurs missions. A la place, il impose un système de remboursement sur facture. Seul problème, il ne prend pas en charge lesdits frais. A nouveau, les syndicats sont contraints de monter au créneau.

A cette même date, le déclassement de 40 gendarmes et des inspecteurs de police judiciaire est unilatéralement annoncé. Motif de cette perte de classe? L’intitulé de leur fonction a changé. Ce mépris affiché suscite une levée de boucliers.

Ces dictats contraignent ainsi les policiers à adopter de nombreuses actions syndicales pour contester chaque décision imposée. Ces actions sont votées par des assemblées générales combles.

Directive sur les droits syndicaux: une tentative de musellement de la contestation

En dépit de cette contestation grandissante, plus de 160 procédures disciplinaires sont ouvertes contre les policiers.

Mi-avril 2017, un pas de trop est franchi en cherchant à museler les syndicats. Le DSE édicte une directive sur l’exercice des droits syndicaux interdisant les actions syndicales en cours. Cette directive qui devait entrer en vigueur au 1er mai (!) rend illicite toute action syndicale autre que la grève. Celle-ci ne pouvant intervenir que plus de deux mois après l’exposé des griefs à l’employeur.

Ce n’est pas un hasard si on cherche à imposer la grève comme seule méthode de contestation. D’une part, elle coûte cher aux grévistes et permet d’étouffer tout mouvement syndical durable. D’autre part, la grève des policiers a peu d’impact, puisqu’ils sont astreints à un service minimum s’adaptant au contexte sécuritaire. Ainsi, aucune grève réellement gênante pour la Genève internationale ne peut avoir lieu... A moins que les policiers désobéissent !

Ainsi, loin d’ouvrir le dialogue demandé par les syndicats, la méthode imposée par le DSE pousse la contestation dans l’illicéité.

Enfin, cette directive, liberticide et sûrement anticonstitutionnelle, n’a fait l’objet d’aucune discussion avec un quelconque syndicat. Or elle impacte non seulement les policiers, mais tous les fonctionnaires du DSE. Elle symbolise, tant par son contenu que par sa forme, la méthode inique qui vise à dicter sans écouter.

Le Conseil d’Etat désavoue cette méthode

Face à l’envenimement du conflit, le Conseil d’Etat a mandaté M. Poggia pour discuter avec les syndicats policiers. En moins de 48 heures, ces discussions ont abouti à l’ouverture de négociations et à la suspension de la directive sur les droits syndicaux. De leur côté, les policiers ont salué le fait d’avoir enfin trouvé un interlocuteur dans le Conseil d’Etat par la suspension de toutes leurs actions syndicales.

Si les syndicats policiers se réjouissent d’avoir enfin trouvé un interlocuteur avec qui négocier, le Cartel intersyndical désapprouve  vivement que de telles directives antisyndicales puissent être envisagées sans consultation préalable des parties concernées. Le risque de voir ce type de directive germer dans tous les services met gravement en danger le partenariat social. Le Cartel intersyndical reste vigilant.